L‘ironie permanente, le second degré dont tout mon peuple semble faire un usage immodéré, devrait de temps en temps laisser la place à un peu de réflexion. On découvrirait alors dans le patrimoine historique français que l’on croit si bien connaître des trésors inégalés.
Il en va ainsi de Jeanne d’Arc. Je suis étonné qu’on ne s’intéresse pas plus à La Pucelle. Ce ne sont pas tant ses victoires militaires – chères à mon coeur, pourtant – ni même sa sainteté reconnue par l’Eglise de Rome qui devraient éveiller l’intérêt des français d’aujourd’hui, mais sa foi, son énergie consacrée à tordre l’impossible pour en faire un possible, un probable, puis un réel.
Lorsque Jeanne parvient à faire sacrer Charles VII à Reims, elle réalise l’impossible. Le roi est considéré comme illégitime, voire bâtard. La France est réduite à sa portion congrue, sur un territoire maillé par ses ennemis, avec des cités entières sous domination étrangère. Mais rien de ceci n’arrêtera Jeanne.
Longtemps, ce refus de l’impossibilité, cette foi en la réalisation d’immenses desseins, a été l’apanage de la France. Aujourd’hui, je constate avec tristesse que mon peuple est abattu, qu’il accepte avec la résignation des vaincus une perte de souveraineté de plus en plus grave, un abandon de ses valeurs, et un oubli de son baptême.
Fort heureusement, je sais aussi que la France peut rebondir, surgir du silence, briller à la face du monde comme du temps de notre règne. Elle le peut à trois conditions : elle doit le vouloir intensément, elle doit être unie sincèrement, et elle doit être menée intelligemment.
Quand ces conditions seront-elles réunies ?
