Mourir encore et toujours

27 mai 2010

Je dois ici vous faire un aveu : je n’ai pas résisté, je suis allé visiter ma sépulture en la basilique Saint-Denis. Et je sais désormais que c’était une mauvaise idée. Ce que j’y ai vu me fait honte pour vous. Comment pouvez-vous ainsi laisser votre propre Histoire à l’abandon ?

Un magazine publiait récemment un dossier intitulé « la seconde mort des Rois de France », consacré à l’état de délabrement de la nécropole royale. C’est oublier les viols subis par les sépultures durant les heures sombres de notre histoire, lorsque de furieux monstres extirpèrent de leur repos éternel les corps de ceux qui ont fait la France, pour les laisser pourrir au soleil. Voila ce qu’a été notre deuxième mort. Aujourd’hui, ce que l’Etat indigne nous fait subir est donc un troisième décès, dans l’indifférence de ceux qui se prétendent une élite.

Ce que j’ai vu est difficile à décrire, tant ma gorge se noue au souvenir encore vif de cette triste visite.

D’abord, il y a les gens, ceux qui travaillent sur place – le verbe ici est usurpé. Je les ai entendu se gausser des morts, rire des Chevaliers, Princesses, Reines et Rois qui cherchent là-bas depuis des siècles le repos près du Seigneur. Dagobert, Pépin le Bref, Hugues Capet, Saint Louis, François Ier, mon aïeul Henri IV ou moi-même, roi Très-Chrétien Louis le Grand, nous sommes devenus sujets de moqueries pour une bande de hobereaux employés par la commune de Saint-Denis.

Je ne veux pas non plus me souvenir des gisants, dont certains ont mille ans, désormais maculés de mots obscènes, signatures de voyous locaux gravés dans la pierre, etc.

Qu’on me comprenne bien. Il ne s’agit pas ici de ma personne. En mourant, nous n’aspirions qu’à une seule chose, la seule qui vaille la peine : être admis dans la proximité éternelle de Notre Seigneur Jésus-Christ au banquet du Père.

Non, il ne s’agit pas de nous, mais bien de vous. Il s’agit du berceau de votre propre identité que vous foulez aux pieds.

Le matin, lorsqu’on vous tend le miroir, regardez bien le visage qui s’y reflète. Qu’avez-vous fait pour que ce visage existe ? Rien. Il est vôtre, par héritage. Manquer de respect à cet héritage, c’est manquer de respect à soi-même. Et un jour ou l’autre, ça ne pardonne pas.

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